Pourquoi raconter sa vie est essentiel ? Faire écrire son histoire : est-ce vraiment indispensable ?

C’est la question que l’on peut se poser quand on envisage de faire appel à un biographe pour prendre le temps de raconter toute sa vie ou un moment particulier, pour relater son parcours.Alors, « est-ce vraiment indispensable » de vouloir faire écrire sa vie ou une partie ? Plutôt que d’apporter une réponse tranchée, je vous propose de faire un pas de côté, de déplacer le regard. Même si ce n’est pas vital au sens matériel, faire écrire sa vie répond à des besoins essentiels. 1- Revenir à la notion de « besoin humain fondamental » On peut vivre sans faire écrire sa biographie, tout comme on peut vivre sans musique, sans littérature, sans photographie, sans sport, … Mais la question revient alors à se demander quelle est la signification du verbe « vivre ». Est-ce seulement répondre à des besoins humains fondamentaux comme se nourrir, se loger, se déplacer… ? Ou est-ce répondre à des besoins humains plus profonds ? Lorsqu’on initie une démarche biographique, on ne cherche pas à répondre à un besoin matériel. On ne parle pas d’un « produit », mais de quelque chose de plus profond et tout aussi essentiel. Cette démarche offre un espace de reconnaissance. La biographie répond à des besoins humains : Être écouté véritablement Donner du sens à son parcours Laisser une trace Transmettre Se réconcilier avec son histoire Se sentir reconnu dans son parcours Ce sont des besoins : psychologiques (se construire, se reconnaître et donc nourrir son estime de soi) relationnels (créer du lien, transmettre) existentiels (comprendre, laisser une trace, mettre du sens) 2 – Faire écrire le récit d’une partie de sa vie a des effets bien réels Ce travail d’écriture n’est pas abstrait. Il produit des effets concrets, souvent visibles. Je le constate à chaque accompagnement. Sur le plan psychologique, il permet de : Mettre de l’ordre dans le chaos des souvenirs et ainsi de transformer une vie fragmentée en un récit cohérent Prendre du recul sur son propre parcours et voir sa vie avec une nouvelle distance, plus apaisée Donner une nouvelle lecture à certains événements : ce qui était vécu comme un échec peut devenir une étape Se réapproprier son histoire et ainsi ne plus la subir, mais la comprendre et l’habiter Identifier des fils conducteurs (valeurs, choix, répétitions, évolutions) Renforcer l’estime de soi et reconnaître ce que l’on a traversé, construit, surmonté Sur le plan du sens Relier les différentes périodes de sa vie permet de donner une continuité là où il y avait des ruptures Faire émerger ce qui compte vraiment permet de clarifier ses priorités, ses valeurs profondes Donner une cohérence à son parcours même quand il semble fait de détours Mieux comprendre ses choix passés et parfois s’en libérer Sur le plan relationnel Être entendu sans jugement : c’est une expérience rare et profondément réparatrice Se sentir légitime de raconter : c’est une autorisation intérieure à exister dans le récit Mieux se faire comprendre par ses proches et permettre de lever des non-dits, éclairer des zones d’ombre Transmettre autre chose que des faits : c’est transmettre une sensibilité, une vision du monde Sur le plan émotionnel Mettre des mots sur des émotions restées diffuses (tristesse, colère, joie, fierté…) Alléger certaines charges émotionnelles par le fait même de dire et d’écrire Retrouver de la douceur dans son propre regard envers soi-même et son parcours Sur le plan du présent (et pas seulement du passé) Se reconnecter à soi aujourd’hui : écrire le passé éclaire le présent Retrouver de l’élan pour la suite : la biographie n’est pas une fin, mais parfois un nouveau départ Se sentir vivant dans le récit : redonner de la densité à son existence   3 – Et dans les entreprises ? Les entreprises aussi peuvent souhaiter garder une trace de leur histoire. Les organisations aussi ont une mémoire. Vouloir la conserver est un levier stratégique. La biographie devient non seulement un véritable patrimoine immatériel, mais un moyen de communiquer vers les partenaires, les clients, les salariés… Dans ce cadre, faire appel à un biographe permet de : préserver les savoir-faire valoriser les parcours des collaborateurs transmettre les valeurs renforcer le sentiment d’appartenance nourrir la marque employeur Une entreprise sans mémoire est une entreprise qui s’efface, petit à petit. 4 – Un argument sociétal : préserver la mémoire ordinaire L’Histoire retient les grandes figures, les événements majeurs. Mais qui raconte les vies ordinaires de nos parents, grands-parents, nos propres vies ? Qui raconte : Les paysans, les mineurs, les ouvriers, les artisans, les anonymes ? Sans ces récits, une immense partie du monde disparaît en silence. Préserver ces mémoires, c’est donner une voix à l’ordinaire. Ainsi, la biographie participe à quelque chose de plus vaste : une mémoire sociale et locale. Donner une voix à ceux qui ne l’écriront jamais seuls, c’est, d’une certaine manière, un acte profondément humain et presque politique. 5 – Si ce qui semble accessoire était en réalité essentiel ? Si on changeait de regard ? À la question de savoir si faire écrire son histoire est dispensable, il est possible de répondre « oui ». La biographie est dispensable comme l’amour, l’art, la poésie, la mémoire.On peut s’en passer. Mais à quel prix humain ? Ce qui n’est pas indispensable à la survie est souvent indispensable à l’essence même de la qualité d’être humain, un être d’émotion, de liens, de partage. Le mot « dispensable » évoque le superflu, le non essentiel, ce qui est accessoire. Or la biographie n’est pas un luxe. C’est : une démarche de transmission un héritage immatériel une mémoire incarnée une trace vivante un témoignage et une reconnaissance d’un vécu Si, en conclusion, il est possible de dire que la biographie n’est pas indispensable pour vivre, il est évident de reconnaître qu’elle l’est pour comprendre sa vie, la transmettre et lui donner sens. Dire qu’elle est dispensable revient à réduire l’être humain à ses besoins matériels. Or l’humain a besoin de sens, de reconnaissance, de transmission, de mémoire. C’est là que la biographie se situe. Elle n’est donc pas un luxe. Elle est un espace où une